Âge sensible

Les comédiens

L’idée de départ était de faire une série sur des gens en première année de fac aux antipodes des séries, genre «Hélène et les garçons», qui se faisaient à l’époque. Et la différence devait d’abord et avant tout venir de la qualité d’écriture… Avec Olivier Kohn, le producteur artistique (qui depuis a créé la série «Reporters») nous voulions faire une série juste et sensible, centrée sur des personnages complexes et ambigus…

Les histoires pouvaient partir de toutes petites choses de la vie quotidienne (comme une fille qui refuse de prêter son stylo parce qu’elle est trop attachée aux objets) et révéler par ce détail une faille intime, un vertige. Il y a eu une cinquantaine d’épisodes et je pense que ce fut une vraie réussite artistique. En tout cas, je suis fier du résultat. Il y a eu sur cette série une réelle cohésion entre les scénarios (principalement écrits par Carine Tardieu, Sévenrine Boschem et moi) la réalisation (Gilles Bannier, Fabrice Gaubert) la production (Olivier Kohn) et les comédiens, tous formidables. Dont Guillaume Toucas, que du coup, j’ai fait jouer dans «J’invente rien».

A sa sortie, la série est remarquée par la critique, mais malheuresment elle est massacrée par le diffuseur qui choisit de la passer à 16h30. Or, contrairement à «Hélène et les garçons», «Âge sensible» était plutôt destiné aux adultes, qui ne sont pas devant leur poste à cette heure-là, qu’aux adolescents. Encore moins aux enfants. Car ils ‘agissait de la vision de trentenaires sur leur propre jeunesse, avec parfois de l’amertume, de la lucidité, de la nostalgie, et en aucun cas d’une vision idéalisée d’une adolescence dorée destinée à faire battre le coeur des midinettes. Résultat, la programmation est interrompue au bout de 25 épisodes et la série s’arrête là. Depuis, les rares personnes à l’avoir vue m’en parlent toujours en bien et j’aimerais beaucoup qu’elle sorte en DVD. Autre enseignement de cette expérience, je comprends qu’il est quasiment impossible à la télévision de faire valoir le statut d’auteur. Cette série, sur bien des points, a été faite avec les tripes de l’investissement intime des quelques personnes qui l’ont réellement fabriquée. Par exemple, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus mis de moi-même dans cette série que sur certains de mes courts métrages, pour lesquels on vous donne d’emblée le statut d’auteur.

Mais à la télé le producteur et le diffuseur ne veulent pas entendre parler d’auteur car ils exigent d’avoir la seule paternité de l’oeuvre. Quand un téléfilm ou une série marche, c’est une série de TF1 ou France 2 qui marche, en deuxième lieu la série de tel ou tel producteur, à la rigueur d’un réalisateur, rarement la série d’un auteur. Mais les choses sont peur-être en train d’évoluer. À la sortie d’Age sensible, le directeur de Capa, que je n’avais pu rencontrer qu’un quart d’heure en deux ans de travail d’écriture, se répandait partout pour expliquer à quel point il avait bossé dur sur ce projet et à quel point il était satisfait du poll d’auteur qu’il avait soigneusement sélectionné, comme on sélectionne des poulets fermiers.

À la suite de cette expérience, Carine et moi partons réaliser nos films, et il m’apparait tout de suite qu’au cinéma au moins, on respecte d’emblée le travail d’auteur. Même quand il fait de la merde.

2 response on “Âge sensible

  1. jean baptiste ptit

    Excellente série, on sent bien que les auteurs ont mis leurs tripes dans le scenario.
    On prend souvent une grande claque.
    france4 rediffuse les épisodes la nuit.
    Merci.

  2. Je suis complétement passé à côté de la série à l’époque (comme quoi, cette fameuse programmation…) et je suis en train de la découvrir avec grand plaisir lors de mes dernières insomnies sur France 4.
    C’est une très jolie série, avec une belle écriture et un casting réussi, fort heureusement vu que les dialogues reposent tellement sur eux.

    Bref, content de vous voir derrière un succès plus seulement critique avec « le nom des gens ».

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