J’invente rien

L'affiche

Le projet de «J’invente rien» s’est concrétisé dans la foulée du «Poteau rose» et «des suites de mes blessures». Au départ, j’abordais le film dans le même esprit, c’est-à-dire un film raconté à la première personne, mélangeant les supports (super8, vidéo, 35 mm) et les modes de narration. Et donc j’envisageais logiquement de jouer moi-même le rôle de Paul, pas par narcissisme, mais parce que ça me semblait cohérent avec le projet.

Et puis j’aime particulièrement le trouve qui se crée chez le spectateur lorsque que le réalisateur joue le personnage principal, quand c’est réussi bien sûr, comme chez Woody Allen, Nanni Moretti, Tati et évidemment Charlot. J’ai donc passé des essais, avec Julie Depardieu comme partenaire (essais que j’aimerai bien pouvoir montrer un jour) et, avec mes producteurs, Emmanuel Barrault et Agnès Vallée, nous avons prudemment renoncé à cette idée. Il paraissait difficile que j’arrive assumer la double casquette et aléatoire de monter le projet sur mon nom.

Car si le film a finalement pu se monter, il s’est fait dans des conditions économiques très difficiles, et plusieurs fois, il a été question de tout arrêter. Le genre de film que je me sens capable de faire, c’est à dire en gros «des comédies d’auteur à tendance dépressive» ne rentrant pas facilement dans un créneau de la production française. Au Cnc, on a tendance à dire que les comédies comme «J’invente rien» n’ont pas besoin de l’agent public pour se monter et dans les grosses chaînes que ce genre de comédies n’est pas assez commercial pour passer à 20h30… Résultat, un budget minuscule. Et je me suis aperçu que dès le débit de la production, le film était déjà mis dans la catégorie «petit film» et qu’il allait être impossible de l’en sortir, quel que soit le résultat artistique. A la sortie on peut très bien mesurer la «petitesse» d’un film au nombre de lignes, même bonnes, que les journaux y consacrent. Et puis à l’arrivée, malgré un accueil public et critique très positif, le film est mal sorti par le distributeur (en l’occurrence Pyramides) qui choisit de la passer dans le réseau des multiplexes, c’est-à-dire le lieu des films très commerciaux, mais sur très peu de copies (60) un 16 août, sans avant-premières en province, et surtout dans quasiment aucune couverture médiatique, les comédiens n’ont fait ni télé ni radio alors qu’ils étaient prêts à le faire.

Autant dire que le film, pourtant à mon sens très accessible au grand public, n’avait aucune chance de dépasser les 50 000 spectateurs qu’il a finalement faits. Aucune amertume là-dedans, je suis très heureux de l’avoir fait comme il a été fait, même si j’y vois pas mal de défauts, mais plutôt le constat que les longs métrages (contrairement aux courts), dès la première ligne de scénario, selon leur mode de production, sont mis dans des petites boîtes dont ils ont très peu de chance de sortir… il s’agit donc de tout faire pour se sentir à l’aise dans la boîte où on vous met.


j’invente rien (le making off)
envoyé par michleclerc.

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