La tête de celui qui n’entre pas

J’ai la tête de celui qui n’entre pas….. dans les boîtes de nuit, les vernissages branchés, les carrés VIP, les cercles restreints, je n’entre pas, je n’arrive jamais à entrer, nulle part, pourtant, même pas basané, avec un nom à coucher dedans, habillé sérieux, aucun signe extérieur de ceux qui sont dans le collimateur des physionomistes. Mais je n’entre pas, c’est tout. Des fois, même quand je suis invité. L’autre soir, j’accompagnais ma femme et une amie comédienne connue à l’avant-première d’un film, j’avais mon carton et tout, mon amie jouait dans le film. Je me cachais un peu à l’entrée de la boîte pour que le physionomiste ne me remarque pas, par chance les filles avaient un décolleté suffisant pour détourner l’attention du cerbère, nous rentrâmes, donc. Bonheur. Mon amie comédienne proposa d’aller saluer le réalisateur dans le carré VIP, tout le monde la connaissait, tout glissait comme dans un rêve. Ma femme me proposa d’aller chercher des coupes avec des bulles et de nous rejoindre après. J’obéis, car je lui obéis toujours. Une demi-heure plus tard, je revins pour les rejoindre dans le carré VIP, mes trois coupettes en main, ce qui est difficile à tenir.  Mais voilà, ma tête ne revint pas au  physionomiste, il ne me laissa pas passer. Trois mètres plus loin, je voyais ma femme et mon amie rirent aux supers blagues du réalisateur, je leur fis des grands signes, criait, mais la musique était forte, et leur attention trop monopolisée par l’artiste… J’essayais d’expliquer au monsieur, je suis invité, je connais des gens connus, je fais des films moi même mais plus je lui expliquais, plus il me trouvait louche, j’étais certainement un de ses pique assiette qui se fait mousser  en prétendant faire partie du show bizz pour entrer partout… et finalement il finit par me convaincre, il avait raison, je n’avais aucune légitimité à être là, je n’avais pas les qualités requises pour le carré VIP et je ne les aurais jamais. C’est ça le problème, c’est pour ça que je n’entre jamais, quand un videur me regarde, je me sens toujours coupable,invité ou pas,  il a raison de penser que je triche pour être de ce monde là, car c’est vrai, je triche, depuis des années, je fais celui qui fait du cinéma  mais c’est une illusion, un jour quelqu’un va  s’en apercevoir et me remettre définitivement à ma place. Ce soir là, je restais une heure à l’entrée du carré, me consolant comme je pus en sifflant les coupettes. A la fin, déjà tard,  mon amie comédienne finit par m’apercevoir, assis sur les marches, à ruminer sur la futilité des choses, elle vint enfin pour me faire entrer, me prit la main mais au moment de passer le rubicon, le physionomiste me retint toujours, il ne voulait pas croire qu’elle était mon amie, comment un cloporte comme moi pouvait il connaître une femme comme elle ? Il tenta de la convaincre qu’il fallait qu’elle se méfie des amis comme moi, que je devais certainement profiter de sa notoriété pour obtenir des privilèges, qu’il valait mieux qu’elle me laisse en plan, et qu’il pouvait l’aider prendre la décision de ne plus me revoir…. Une seconde, je vis le doute passer dans les yeux de mon amie, ce physionomiste avait peut-être raison, n’étais-je pas un profiteur ? Mais elle me fit rentrer, il n’y avait plus grand monde dans le carré, nous nous y ennuyâmes un quart d’heure et ma femme me reprocha d’avoir mis autant de temps à chercher les coupettes, qu’en plus, j’avais vidé tout seul.

Il y a quelques années, j’appris par hasard qu’un de mes courts-métrages, « le poteau rose » était programmé pendant le festival de Cannes. Personne ne m’avait  invité mais je m’invitais quand même. Je n’étais jamais venu à Cannes, et comme tous les enfants qui rêvent de cinéma, j’avais rêvé d’y aller. Je travaillais alors pour une émission de télé et je leur proposais de faire un journal filmé de mon expérience cannoise, ils acceptèrent et me trouvèrent une chambre pour dormir, pour le reste , je me démerdais. J’étais heureux, excité, j’avais juste oublié que j’avais la tête de celui qui n’entre pas.

Cette année, à priori, je suis invité au festival car mon film, « Le nom des gens » est sélectionné à la semaine de la critique et d’ailleurs on m’a demandé une photo pour me faire un badge, ce qui est un signe, j’ai donc l’espoir d’entrer quelque part mais je ne suis pas totalement rassuré pour autant. On me dit qu’il va y avoir une fête en l’honneur de mon film après le projection. J’ai très peur de ne pas pouvoir y entrer, ce qui serait la honte quand même, vu que c’est mon film. Alors j’ai un plan, je vais dormir sur place la veille, avec un peu de chance, personne ne me remarquera pendant qu’ils mettront en place les petits fours, d’ailleurs, je donnerais un coup de main pour faire croire que je fais partie de l’organisation et comme ça, quand le physionomiste arrivera pour filtrer les entrées, je serais déjà à l’intérieur.  Ni vu ni connu.

2 response on “La tête de celui qui n’entre pas

  1. non mais quelle trouvaille pour cloturer l’année. me voilà avec un excellent programme pour mon 31 en solo, au fond du lit et en face de la cheminée, je vais m’éclater avec tous ces courts, une bonne bouteille de crémant de bourgogne, des n’huitres de ma bretagne, un bon fromage des familles et une excellente nuit michel leclerc. à la fin du poteau rose, tu pestes d’en avoir marre de te filmer mais VRAIMENT, merci du résultat, c’est génial de découvrir des séquences comme celles là!. Le nombril du réalisateur et la plus grande solitude de celui qui veut pénétrer l’absurdité la plus grandiose d’un moment qui serait Important..Cannes..c’est trop attendrissant. j’aime beaucoup aussi le petit clip de présentation de Baya, dans le nom des gens, sur votre histoire. c’est fort et ça fait passer une belle énergie!. je risque de faire des commentaires du coup..d’une ..d’après mon maître de ce1, je serais une pie bavarde..de deux..accompagnée d’un crémant le 31, la volubilie me guette. non parce que ce qui compte, c’est de brasser un maximum d’air en ayant l’air de dire des choses de la plus haute importance alors que ces mêmes..choses..relèvent de la plus grande sottise. voilà, je voulais simplement dire ça, merci de les lire surtout :+). je viens de me relire afin de parcourir le fruit de ma perspicacité et pour ôter quelques fautes. c’est super. ça fait trois phrases de plus,là. voilà j’ai mis mes idées quelque part, ça me rassure. en fait j’adorerais venir voir un tournage de film..ça doit être la raison pour laquelle je t’écris..mais je ne sais pas encore tout à fait bien.

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