les idées, faut les mettre quelque part

Quand j’ai une idée, la première question que je me pose est de savoir sous quelle forme elle serait mieux mise en valeur. Sous la forme d’une chanson, d’un reportage télé, d’une chronique écrite, d’un scénario de court métrage, de long métrage, d’un concept de série ou juste d’un titre. J’ai comme ça toute une collection de titres qui attendent d’être transformés en quelque chose…

Et si je me convaincs que c’est sous la forme d’une sérénade à la cornemuse que cette idée serait la mieux, je trouve que ça vaut le coup d’apprendre la cornemuse, et peu importe si j’en joue comme un pied. L’essentiel pour moi n’est pas de maîtriser une technique, mais d’être cohérent avec l’idée de départ. Puis une fois que l’idée est développée sous une forme, par exemple dans une chanson, je me dis que cette chanson pourrait très bien être intégrée dans une histoire, et que cette histoire pourrait très bien devenir un film. Je n’ai jamais ressenti la nécessité de me cantonner dans un seul moyen d’expression. Le risque, bien sûr, est de donner l’impression d’être dilettante, un touche à tout, un bordélique. Mais après tout, pourquoi pas, dans le bordel, il y a de la vie et l’essentiel est pour moi de partager avec les autres des petits bouts de vie.

Alors voilà, ce site a pour vocation de mettre un peu d’ordre dans le bordel, pour tenter de trouver une unité dans les différents trucs que j’ai pu faire, entre les films, les chansons avec Minaro, avec Baya, « Le nom des gens » qui sort bientôt et tout le reste…

Minaro


Le bassin de ret’nue

J’ai toujours eu l’esprit de groupe. Il m’a toujours semblé à la fois rassurant et exaltant de se sentir faire partie d’un ensemble. Allié à l’amour des chansons, il m’était naturel de monter un groupe de musique. Dans mes jeunes années, à la fin des années 80, j’ai fait partie d’un premier groupe de rock « Le chaînon manquant »  à la carrière aussi obscure que  banlieusarde. L’histoire a tout de même duré cinq ou six ans et j’ai vraiment pris goût à ce moment -là à l’écriture de chansons et à la scène… Etant le chanteur,  je me devais d’assurer le spectacle  et ça me terrorisait, donc j’étais systématiquement  ivre en entrant sur scène, ce qui m’aidait beaucoup à me décoincer mais ne rendait pas vraiment service à la musique.  Il reste quelques chansons.

C’est dix ans plus tard que j’ai rencontré, Nabil, Rodolphe, Anne, Olivier, Jérôme puis Lars et Loïc, avec qui j’ai monté Minaro. Cette histoire nous a tous pris par surprise car au départ,  il s’agissait juste de refaire un peu de musique pour s’amuser. Mais il est rapidement apparu que nous nous entendions bien, que nous aimions jouer ensemble et que nous avions notre style propre. En six ans d’existence, Minaro a constitué pour moi (et j’espère pour les autres membres du groupe) une aventure vraiment  riche et passionnante.  Une centaine de concerts, une tournée au Sri Lanka, deux tournées en Allemagne, deux albums, un clip et beaucoup de soirées chaleureuses entre gens qui s’aiment bien. Si on a réussi à avoir un petit noyau de fans, nous n’avons pas vraiment réussi à passer à la vitesse supérieure, c’est à dire au niveau professionnel. C’est l’écueil pour beaucoup de musiciens, il arrive un moment où, si l’on veut vraiment progresser, il faut abandonner tout ce qu’on fait à côté et ne se consacrer qu’à cela. Aucun de nous n’était vraiment prêt à cela et c’est ainsi que nous avons jeté l’éponge il y a quelques mois (au moins provisoirement). Mais je suis très fier des chansons que nous avons faites ensemble et déjà très nostalgique de tout  ce que nous avons vécu. Aujourd’hui, je continue bien sûr d’écrire des chansons (notamment  celle pour Jane Birkin et Chloé Coulloud dans le film « La tête de maman » de Carine Tardieu) et j’envisage, pour la première fois de les interpréter en mon nom… mais je ne suis pas sûr d’en avoir le courage.

Le journal chanté

Pas vraiment satisfaits de « la question enchantée », avec mon ami Loic Mahé, nous avons essayé de développer le concept sous la forme d’un journal télévisé chanté. Mais cette fois-çi, entièrement écrit. L’idée est de faire un jt sur des sujets décalés, et si possible drôles, et qu’il y ai des chroniqueurs réguliers ayant chacun leur style musical (un rappeur, une chanteuse nouvelle chanson française, une cantatrice… ). Nous avons fait un pilote, à mon sens pas vraiment abouti (il aurait fallu mieux réfléchir à l’écriture) mais faute de producteurs, nous n’avons pas poussé plus loin le bouchon. Plus tard peut-être.


Le journal chanté
envoyé par michleclerc. – Gag, sketch et parodie humouristique en video.

L’inspecteur Leclerc

L’idée de départ est d’approfondir «des objets qui nous font chier», une chronique que je faisais pour Télé Bocal. Par exemple, une fois qu’on a dit que les pistaches fermées, c’est pénible, aller voir le fabriquant de pistaches et l’emmerder jusqu’à ce qu’il nous explique pourquoi il met systématiquement des pistaches fermées dans les paquets.

J’ai fait ces enquêtes dans le cadre des émissions de François Pécheux, d’abord sur Canal+ («un monde de brutes») puis sur France 3 à Mon Kanar. Et un peu pour M6, le «morning café». Des serpillères dans les caniveaux aux photos de gens dans les devantures de pompes funèbres, de la comparaison de l’odeur du camembert et celle des pieds, la barre des vélos des garçons, j’ai ainsi pu rencontrer des tas de gens passionnés par leur sujet, même s’il peut sembler dérisoire. J’ai pu comme ça répondre à des tas de questions que personne ne se pose jamais et ça me plaisait beaucoup.

Lors de ma toute première enquête il pleuvait, j’avais donc mis mon ciré jaune et mon chapeau pour aller faire l’interview, et cette tenue est revenue par la suite comme un costume de scène. Je n’ai pas pu résister au plaisir de la faire porter par Kad dans J’invente rien.


Les rayures rouges du dentifrice
envoyé par michleclerc


Les pâtes alphabet
envoyé par michleclerc.


Qui teste le papier toilette ?
envoyé par michleclerc

Mon youpin, ma bougnoule

Avec Baya, on chante ensemble, on fait des films et des clips et des choses.


Mon youpin, ma bougnoule
envoyé par michleclerc.

Il paraît qu’il y en a
Que ça défris’rait
Que l’on s’aime comme ça

On m’a dit que Dieu
Ne voudrait pas que l’on
Se mélange comme ça

Mais c’est qui celui là
Pour dire des conneries pareilles

On baise tant qu’ça va
Et tant qu’il y a du soleil

Nous on s’fout bien
D’la gueule du monde

Il n’y a que l’amour
hoooo
Et puis la tombe

Chuis ton youpin
Chuis ta bougnoule
T’ as treize ans de moins
J’trouv’ ça cool

Chuis ta bougnoule
Chuis ton youpin
Mais j’en ai pas l’teint
Ça n’fait rien

T’es mon youpin
T’es ma bougnoule
J’aime pas trop l’boudin
Ça n’fait rien

T’es ma bougnoule
T’es mon youpin
J’ai plein de copains
J’trouve ça cool

Aujourd’hui
Un abruti
De kamikaze
Faillit rencontrer

Les bras amoureux
D’une belle ashkénaze
Qui l’avait remarqué

Elle lui avait souri
Il était bien gaulé

Mais il a explosé
Y’en a qui se gâche la vie

Tout le monde sait bien
Que dans ce bordel

Il n’y a qu’l’amour
Qui donne des ailes

Chuis ton youpin
Chuis ta bougnoule
T’ as treize ans de moins
J’trouv’ ça cool

Chuis ta bougnoule
Chuis ton youpin
Mais j’en ai pas l’teint
Ça n’fait rien

T’es mon youpin
T’es ma bougnoule
J’aime pas trop l’boudin
Ça n’fait rien

T’es ma bougnoule
T’es mon youpin
J’ai plein de copains
J’trouve ça cool

J’suis aussi
Bourguignon,
Et moi suédoise
Un chouïa breton

Je viens d’banlieue J’ai
L’accent de Toulouse
Moi de Ménilmontant

Tant pis pour toi mon vieux
Si tu trouves ça compliqué

Chacun fait ce qu’il peut
Mais on veut bien simplifier

On se fout bien
D’la gueule du monde

Il n’y a qu’l’amour
oooohhh
Et puis la tombe.

Chuis ton youpin
Chuis ta bougnoule
T’ as treize ans de moins
J’trouv’ ça cool

Chuis ta bougnoule
Chuis ton youpin
Mais j’en ai pas l’teint
Ça n’fait rien

T’es mon youpin
T’es ma bougnoule
J’aime pas trop l’boudin
Ça n’fait rien

T’es ma bougnoule
T’es mon youpin
J’ai plein de copains
J’trouve ça cool

Auteurs : Michel Leclerc/ Baya Kasmi

La question enchantée

Fan de Jacques Demy, j’ai tenté d’adapter son principe à savoir chanter dans toutes les situations de la vie dans le domaine du reportage télé… Il s’agissait de continuer à faire des enquêtes sur des petits sujets de la vie quotidienne, à ceci près qu’ils étaient chantés, mais pas n’importe comment… J’utilisais les playbacks des chansons de Minaro (que forcément je connaissais) pour écrire à chaque fois un texte sur le sujet du jour sur la mélodie de la chanson. Je trouve le résultat rigolo. Le problème était que les gens que je ve ais d’interviewer n’étaient pas trop chauds pour chanter leur réponse.

J’ai dû faire une vingtaine de sujets pour «Mon Kanar» mais j’ai bien senti que j’avais du mal à faire accepter mon concept.



Les gros mots
envoyé par michleclerc


L’amour
envoyé par michleclerc

Âge sensible

Les comédiens

L’idée de départ était de faire une série sur des gens en première année de fac aux antipodes des séries, genre «Hélène et les garçons», qui se faisaient à l’époque. Et la différence devait d’abord et avant tout venir de la qualité d’écriture… Avec Olivier Kohn, le producteur artistique (qui depuis a créé la série «Reporters») nous voulions faire une série juste et sensible, centrée sur des personnages complexes et ambigus…

Les histoires pouvaient partir de toutes petites choses de la vie quotidienne (comme une fille qui refuse de prêter son stylo parce qu’elle est trop attachée aux objets) et révéler par ce détail une faille intime, un vertige. Il y a eu une cinquantaine d’épisodes et je pense que ce fut une vraie réussite artistique. En tout cas, je suis fier du résultat. Il y a eu sur cette série une réelle cohésion entre les scénarios (principalement écrits par Carine Tardieu, Sévenrine Boschem et moi) la réalisation (Gilles Bannier, Fabrice Gaubert) la production (Olivier Kohn) et les comédiens, tous formidables. Dont Guillaume Toucas, que du coup, j’ai fait jouer dans «J’invente rien».

A sa sortie, la série est remarquée par la critique, mais malheuresment elle est massacrée par le diffuseur qui choisit de la passer à 16h30. Or, contrairement à «Hélène et les garçons», «Âge sensible» était plutôt destiné aux adultes, qui ne sont pas devant leur poste à cette heure-là, qu’aux adolescents. Encore moins aux enfants. Car ils ‘agissait de la vision de trentenaires sur leur propre jeunesse, avec parfois de l’amertume, de la lucidité, de la nostalgie, et en aucun cas d’une vision idéalisée d’une adolescence dorée destinée à faire battre le coeur des midinettes. Résultat, la programmation est interrompue au bout de 25 épisodes et la série s’arrête là. Depuis, les rares personnes à l’avoir vue m’en parlent toujours en bien et j’aimerais beaucoup qu’elle sorte en DVD. Autre enseignement de cette expérience, je comprends qu’il est quasiment impossible à la télévision de faire valoir le statut d’auteur. Cette série, sur bien des points, a été faite avec les tripes de l’investissement intime des quelques personnes qui l’ont réellement fabriquée. Par exemple, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus mis de moi-même dans cette série que sur certains de mes courts métrages, pour lesquels on vous donne d’emblée le statut d’auteur.

Mais à la télé le producteur et le diffuseur ne veulent pas entendre parler d’auteur car ils exigent d’avoir la seule paternité de l’oeuvre. Quand un téléfilm ou une série marche, c’est une série de TF1 ou France 2 qui marche, en deuxième lieu la série de tel ou tel producteur, à la rigueur d’un réalisateur, rarement la série d’un auteur. Mais les choses sont peur-être en train d’évoluer. À la sortie d’Age sensible, le directeur de Capa, que je n’avais pu rencontrer qu’un quart d’heure en deux ans de travail d’écriture, se répandait partout pour expliquer à quel point il avait bossé dur sur ce projet et à quel point il était satisfait du poll d’auteur qu’il avait soigneusement sélectionné, comme on sélectionne des poulets fermiers.

À la suite de cette expérience, Carine et moi partons réaliser nos films, et il m’apparait tout de suite qu’au cinéma au moins, on respecte d’emblée le travail d’auteur. Même quand il fait de la merde.

J’invente rien

L'affiche

Le projet de «J’invente rien» s’est concrétisé dans la foulée du «Poteau rose» et «des suites de mes blessures». Au départ, j’abordais le film dans le même esprit, c’est-à-dire un film raconté à la première personne, mélangeant les supports (super8, vidéo, 35 mm) et les modes de narration. Et donc j’envisageais logiquement de jouer moi-même le rôle de Paul, pas par narcissisme, mais parce que ça me semblait cohérent avec le projet.

Et puis j’aime particulièrement le trouve qui se crée chez le spectateur lorsque que le réalisateur joue le personnage principal, quand c’est réussi bien sûr, comme chez Woody Allen, Nanni Moretti, Tati et évidemment Charlot. J’ai donc passé des essais, avec Julie Depardieu comme partenaire (essais que j’aimerai bien pouvoir montrer un jour) et, avec mes producteurs, Emmanuel Barrault et Agnès Vallée, nous avons prudemment renoncé à cette idée. Il paraissait difficile que j’arrive assumer la double casquette et aléatoire de monter le projet sur mon nom.

Car si le film a finalement pu se monter, il s’est fait dans des conditions économiques très difficiles, et plusieurs fois, il a été question de tout arrêter. Le genre de film que je me sens capable de faire, c’est à dire en gros «des comédies d’auteur à tendance dépressive» ne rentrant pas facilement dans un créneau de la production française. Au Cnc, on a tendance à dire que les comédies comme «J’invente rien» n’ont pas besoin de l’agent public pour se monter et dans les grosses chaînes que ce genre de comédies n’est pas assez commercial pour passer à 20h30… Résultat, un budget minuscule. Et je me suis aperçu que dès le débit de la production, le film était déjà mis dans la catégorie «petit film» et qu’il allait être impossible de l’en sortir, quel que soit le résultat artistique. A la sortie on peut très bien mesurer la «petitesse» d’un film au nombre de lignes, même bonnes, que les journaux y consacrent. Et puis à l’arrivée, malgré un accueil public et critique très positif, le film est mal sorti par le distributeur (en l’occurrence Pyramides) qui choisit de la passer dans le réseau des multiplexes, c’est-à-dire le lieu des films très commerciaux, mais sur très peu de copies (60) un 16 août, sans avant-premières en province, et surtout dans quasiment aucune couverture médiatique, les comédiens n’ont fait ni télé ni radio alors qu’ils étaient prêts à le faire.

Autant dire que le film, pourtant à mon sens très accessible au grand public, n’avait aucune chance de dépasser les 50 000 spectateurs qu’il a finalement faits. Aucune amertume là-dedans, je suis très heureux de l’avoir fait comme il a été fait, même si j’y vois pas mal de défauts, mais plutôt le constat que les longs métrages (contrairement aux courts), dès la première ligne de scénario, selon leur mode de production, sont mis dans des petites boîtes dont ils ont très peu de chance de sortir… il s’agit donc de tout faire pour se sentir à l’aise dans la boîte où on vous met.


j’invente rien (le making off)
envoyé par michleclerc.

Le tutu

Un peu dans la même veine que mes précédents mais, à mon avis, plus réussi. Le film est adapté d’une nouvelle de Paul Fournel, et raconte l’histoire d’une mère qui vit par procuration, à travers sa fille, son amour secret de la danse. Tourné en 16mm, en Bretagne, dans la maison de mes parents, en partie autofinancé, (et l’aide précieuse de Christopher Davis, le chef op’) je garde un très bon souvenir de ce film. Mais il n’en existe qu’une copie 16 mm et donc il n’a quasiment jamais été montré en salle, ce qui est dommage.


tutu
envoyé par michleclerc.

Hélène et Lulu

A l’époque de Tibéri, la mairie de Paris, pour lutter contre les SDF qui passaient la nuit au chaud dans les sanisettes, avait mis au point un système pour que la porte s’ouvre au bout d’un quart d’heure. Je trouvais ça particulièrement pernicieux, et ça m’a donné le point de départ du film. Une kiosquière du métro, copine avec un SDF, l’enferme pour la nuit dans son kiosque. Mais elle meurt en le laissant enfermé. Il ne donne pas l’alerte et fabrique une machine en attendant.

Celui de mes courts bénéficiant du plus gros budget, tourné en 35mm, avec des comédiens et des techniciens professionnels. Avec le recul, je suis déçu du résultat, je trouve le film sage, plan-plan, pas très bien joué. J’ai voulu trop bien faire, rassurer mes producteurs et ça se sent. J’en tirerais des leçons.


Hélène et Lulu
envoyé par michleclerc.